Confessions d’un ENSIen

Un article plus ou moins vieux que je viens de trouver par hasard, je le publie dans le cadre de #OpENSI…

Bonne lecture !

Le 30 juillet 2009 , vers Midi, et après un retard d’une semaine, le stress de nos Mamans qui ont fini par craquer, et la perte gratuite des millions de nos chers neurones, on a appris officiellement qu’on ferait partie de la nouvelle promotion des étudiants de cette école « prestigieuse », l’Ecole nationale des sciences de l’informatique(ENSI), après avoir clôturé deux ans de travaux forcés ! 

Il faut reconnaître qu’au début, comme des niais, on a été très enthousiastes, on a eu même la grosse tête, enfin, on s’en est bien sortis, sains et saufs, du cycle prépa, avec des dégâts mentaux certes, mais bien avant de passer à la phase « se tirer une balle dans la tête » ! Bref, on se sentait grands et sereins : on va enfin entamer notre formation d’ingénieurs !

MAIS – ce fameux MAIS, qu’on entend parfois de la part d’une fille a qui on a déclaré nos sentiments- MAIS, dès qu’on affronte la réalité, l’affreuse réalité, on réalise qu’on a été en dehors de la plaque : dans cette école, on nous prend pour des robots, et surtout pour des gamins ! Oh, chers enseignants ! Nous ne sommes pas tous des génies en informatique, je connais pas mal d’ENSIens qui ne se servaient de leurs PC, avant l’entrée à cette école sacrée, que pour consulter leurs comptes facebook ou regarder des films, tous genres de films, bien entendu, tout le monde a franchi ses 18 ans je suppose ! Chers Messieurs et Mesdames les profs, avant qu’on puisse assister à vos cours bénis le matin, on doit passer par des épreuves bien plus difficiles que l’architecture d’un ordinateur : d’abord, je dois me forcer à me lever le matin, ce qui est pénible pour quelqu’un qui a des troubles du sommeil, dus principalement aux massacres perpétuels qu’on a subis en prépa ; ensuite quitter volontairement mon lit chaud et convivial, qui est bien « l’être » le plus affectueux après ma maman, que j’ai laissée à Kelibia, ce qui demeure très pénible pour moi, pourtant je le fais, rien que pour ne pas rater vos équations énigmatiques ; et puis , une douche rapide, parfois avec de l’eau froide, un minable cake au chocolat, et je me trouve dans la station comme un bon gentil citoyen sage, j’attends le métro… !

… à propos, vous savez : qu’est ce qu’un métro ? c’est l’horrible truc vert, qui ne débarque que s’il s’assure que vous vous ennuyez à mourir en l’attendant, dont les chauffeurs pressés éprouvent du plaisir à vous fermer les portes aux visages, dans lequel on sent toujours une main qui circule en douceur, « accidentellement », dans nos poches nous persuadant que nous, les Tunisiens, on partage tout et qu’on est « socialistes » de nature ! C’est aussi l’endroit où on apprend à être impolis et snobs, et parfois, dans le métro, on tombe tout d’un coup amoureux de la nature qu’on admire à travers les fenêtres sales, rien que pour éviter les regards déprimants d’un vieillard qui veut nous piquer nos places !

Et enfin, on est arrivés au campus, on est là, bien vivants, on respire de l’air frais, pourtant on était dans un métro ! Tant qu’il y a de la vie , il y a de l’espoir, c’est cet adage, et « EGMONT » de Beethoven d’ailleurs, qui m’ont beaucoup aidé à ne pas me faire tuer dans un métro ! Mais je déprime tous les matins en voyant les escaliers pseudo-circulaires de mon école, ces escaliers qui me font comprendre quotidiennement que je suis gros, et que fumer nuit à la santé ! Je me dirige en courant vers le fond, pour rejoindre ma salle lointaine, et c’est à ce moment là que je me pose la question philosophique :« Et si j’avais opté pour ENIT ?… » Parce que le visage pâle d’un prof qui vous regarde avec mépris tout en vous disant froidement « Vous êtes en retard, quittez la salle !!! » n’a jamais été encourageant…Et puis,, il y a la façon dont cette formule magique est dite, qui emplit celui qui la prononce d’une déresponsabilisation mystérieuse et implacable, qui fait de vous un objet caricatural rougi et déçu !

Alors, sachez, chers profs qu’on adore, qu’on ne vient pas en retard pour être ridiculisés ni pour vous manquer de respect, mais on est retardataires parce que Monsieur le directeur des métros l’a décidé : je crois tout de même qu’il a plus de notoriété que moi, que nous tous d’ailleurs !

La buvette de l’école est une bonne destination : donc, il est temps d’apprécier une bonne cigarette, je me débrouillerai après avec les escaliers ! Mais le visage semi-dormant du serveur m’annonce qu’il n’y a plus de tabac ! Tout le monde nous déteste ici, je commande alors un café dont le principal ingrédient est l’eau de robinet, et je commence à penser à annuler mes projets estivaux pour être prêt à la session de contrôle ! C’est dur pour un Kélibien, mais le bon côté , c’est que, ici, on a découvert un nouveau plaisir : le masochisme ! Chers profs, on vous respecte, on a toujours été séduits par l’image d’un prof charismatique et compétent, mais pourquoi refusez-vous de nous prendre pour des adultes, des êtres humains, comme vous d’ailleurs ?

Sérieusement, nos malheureux Méga-Giga-processeurs humains ont laissé un peu d’espace, à côté des 0 et des 1, pour nos souvenirs, notre vie privée, nos sentiments… On a toujours le droit, je suppose, dans cette école, de vivre un échec sentimental, qui vient juste après un échec universitaire et des devoirs surveillés catastrophiques ! Etre perturbé par une histoire d’amour est permis à l’ENSI , je pense ! Mais, il faut dire que ce n’est pas sa faute à ELLE, c’est ma faute, objectivement, celle de mon côté émotionnel, de sa combinaison chromosomique qui a fait d’elle un être merveilleux, ou c’est la faute de Taher El Haddad, peut-être !

Dans un autre contexte, celui des questions qui passent spontanément par l’esprit d’un ENSIen : pourquoi voulez-vous que nos idoles soient forcément Bacus, Pascal et Bill Gates ? Excusez-moi, mais je me permets de dire que, pour moi, Bill Gates est un minable capitaliste qui abuse de nous à travers son Windows pitoyable, je préfère nettement Ché Guevara (avec tout mon respect pour mon cher ami Mohamed Habib) ! Et en parlant de ce camarade, dont je suis fier, j’ai connu Mohamed Habib à l’IPEIT il y a deux ans, son amour légendaire pour la musique m’impressionnait , il composait des symphonies et des concertos aussi développés et sophistiqués que le fameux noyau de LINUX, j’avais ses morceaux dans le même répertoire que Mozart et Wagner, chaque fois que j’écoute ses pièces, je sens la gloire ! Aujourd’hui, il trouve à peine le temps d’écrire quelques notes : l’ENSI, tout l’ENSI, pierre par pierre, doit culpabiliser, pour avoir privé la Tunisie, le monde et moi d’un tel don, pour en faire un ingénieur informaticien, parmi tant d’autres !

Nos adorables profs, on ne veut pas être des futurs intellos stupides qui ne savent faire que des codes sur le C ou le JAVA, la littérature et l’art nous sont chers aussi, on préférerait être des ingénieurs bien formés et bien cultivés que devenir des zombies coincés et bornés !

Pour vous faire plaisir, je reconnais que l’Ubuntu, qui ne cesse de nous fasciner, est un être merveilleux et généreux, mais sans doute, il ne vaut absolument rien devant un simple sourire de la part d’une fille qu’on aime, quoi qu’elle nous pousse , jour après jour, dans le pas le plus lointain de l’échelle de la folie !

On vous assure qu’on aime bien nos machines, et c’est réciproque, mais ce n’est pas avec nos ordinateurs qu’on va… avoir des bébés, eh oui ! Il faut le réaliser, je sais que ça choque !

Oh ! chers enseignants à l’ENSI ! Nous avons certes une vie, autre que celle d’un malheureux ENSIen !

Saif Ksibi, ENSI’2013

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